Paris exclut tout ostracisme du Hamas
Paris exclut tout ostracisme mais pose des conditions
par Natalie Nougayrède
La victoire électorale du Hamas est perçue par les diplomates français comme la manifestation d'une grande lassitude des Palestiniens à l'égard de la corruption et des dysfonctionnements régnant au sein du Fatah, bien plus qu'un vote signalant un rejet fondamental de toute négociation de paix avec Israël.
S'il est trop tôt pour se prononcer sur le comportement que le Hamas adoptera une fois aux affaires — et donc, pour trancher la question de l'aide financière à accorder à l'Autorité palestinienne —, il convient, estime-t-on à Paris, de ne pas ignorer certains signes encourageants.
Le Hamas, observe-t-on de source diplomatique française, n'a pas inscrit l'idée de la destruction d'Israël dans sa plate-forme électorale lors des législatives. De même a-t-il fait la preuve de sa capacité à faire respecter par ses partisans la trêve décidée voici plus d'un an. Il est le seul groupe palestinien dans ce cas. Le Djihad islamique et des groupes armés liés au Fatah ne peuvent pas afficher le même bilan. L'espoir, côté français, est de voir le Hamas évoluer au contact de la réalité du pouvoir et des contingences extérieures.
La position officielle française ne se distingue pas, pour autant, des premières déclarations faites au niveau européen, au lendemain du scrutin. Le président français, Jacques Chirac, a appelé, vendredi 27 janvier, le Hamas à faire le "choix de la paix" et à la "reconnaissance d'Israël", conditions, selon lui, de la poursuite des relations avec l'Union européenne. "Au lendemain des élections démocratiques, la France souhaite que le prochain gouvernement palestinien fasse le choix de la paix qui passe par la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël et le respect des accords internationaux", a dit le chef de l'Etat lors d'un entretien avec l'émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani. " C'est ainsi également que pourront s'établir les relations avec l'Union européenne", a ajouté M. Chirac, cité par le porte-parole de l'Elysée, Jérôme Bonnafont.
Le premier ministre, Dominique de Villepin, et le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, ont relayé le message, vendredi 27 janvier, en répétant les trois conditions que le Hamas devra remplir s'il veut être traité comme un interlocuteur par les Européens : accepter l'existence d'Israël, reconnaître les accords signés par l'OLP (Oslo), et renoncer à la violence.
"RÔLE MAJEUR" DE L'UE
L'Union européenne, a souligné M. de Villepin, "a un rôle majeur à jouer dans la recherche d'un règlement politique" au Proche-Orient, puisqu'elle est le premier bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne, avec une aide annuelle moyenne de 250 millions d'euros. L'aide bilatérale annuelle versée par la France est d'environ 25 millions d'euros. On estime, côté français, que ces versements ne pourraient être interrompus — sous prétexte de sanctionner le Hamas — sans porter préjudice à l'ensemble de la population palestinienne à laquelle ils sont destinés.
La définition d'une position européenne commune face à l'arrivée au pouvoir du Hamas devait être au coeur, lundi, d'une réunion des ministres des affaires étrangères des Vingt-Cinq. Celle-ci pourrait être, avance-t-on de source diplomatique française, une sorte de position d'attente où des contacts techniques seraient engagés avec les responsables du Hamas, en attendant que les conditions préalables à sa participation à un processus de négociations soient remplies. Il paraît exclu, estime-t-on à Paris, d'ostraciser d'emblée le Hamas.
Tout en étant inscrit depuis 2003, par les Européens, sur la liste des organisations terroristes, le Mouvement de la résistance islamique fait déjà l'objet de contacts "techniques", depuis sa percée aux élections municipales de 2005. Des élus du Hamas gèrent déjà des programmes d'aides financés par l'Europe.
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt