Le pouvoir de dire non

Publié le par Adriana Evangelizt

Le pouvoir de dire non
par Jeff Halper

coordinateur du comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD).

 Alors que le nouveau gouvernement du Hamas a fait allégeance à l’Autorité palestinienne, nous pouvons nous demander ce qui a pu conduire ce peuple, le plus laïc des populations arabes, sans grand passé de fondamentalisme religieux, à voter Hamas ? "

“On vous laisse tous tomber”

La seule protestation contre l’incapacité du Fatah dans les négociations et sa corruption interne ne peut suffire. Tout en avertissant le Hamas que leur vote ne lui donnait pas mandat pour imposer en Palestine une théocratie du style de l’Iran, les Palestiniens ont saisi la seule option qui leur restait, dans leur impuissance, après que tous les autres recours leur aient été fermés, l’option de la non coopération.

C’est Gandhi qui l’exprime le mieux : « Comment peut-on obliger quelqu’un à accepter l’esclavage ? Je refuse simplement de faire le jeu du maître. Il peut me torturer, me briser les os en mille morceaux et même me tuer. Il aura alors mon cadavre, mais pas ma soumission. Par conséquent, au bout, c’est moi qui suis le vainqueur et non lui, car il a échoué dans sa tentative de me faire faire ce qu’il voulait. La non coopération est dirigée non contre ceux qui gouvernent, mais contre le système qu’ils ont instauré. Les origines de la non coopération ne naissent pas dans la haine, mais dans la justice. »

La non coopération - peut-être la plus forte des formes de résistance non violente - surgit dans les situations où les opprimés n’ont plus d’autres moyens d’obtenir leur liberté et le respect de leurs droits. Etant donné que la communauté internationale, les Etats-Unis, Israël et aussi le Fatah, oui, ont fermé toutes les autres voies de recours, ce sont eux qui prennent la « responsabilité » de la montée du Hamas. C’est à eux que ce message des électeurs palestiniens est adressé : « On vous laisse tous tomber ».

« On vous laisse tomber, vous, la communauté internationale qui n’avez pas voulu entendre notre appel à la loi internationale et aux conventions des droits de l’homme ». Si seule la Quatrième Convention de Genève avait été appliquée, Israël tout d’abord n’aurait jamais pu s’installer dans l’occupation. La loi internationale définit une occupation comme une situation militaire temporaire qui ne se résout que par la négociation. Par conséquent, une puissance occupante telle qu’Israël se trouve dans l’interdiction de prendre des décisions unilatérales qui lui assurent un contrôle permanent. Sans compter les bases militaires, et tous les éléments de l’occupation israélienne, qui sont manifestement illégaux : les colonies et la construction de cette immense réseau de belles routes réservées aux seuls Israéliens, qui relient les colonies de Cisjordanie à Israël ; l’extension du système juridique et d’aménagement des territoires palestiniens par Israël ; le pillage de l’eau palestinienne et des autres ressources au bénéfice d’Israël ; la démolition des maisons et l’expropriation des terres palestiniennes ; l’appauvrissement volontaire de la population locale ; les attaques de l’armée contre les populations civiles - pour ne citer que cela. Même quand la construction par Israël du « mur de séparation » a été déclarée illégale par la Cour de Justice internationale, avis ratifié par l’Assemblée générale, rien n’a été fait pour l’arrêter.

« On vous laisse tomber, vous, les Etats-Unis qui avez refusé toute négociation comme moyen de faire appliquer les droits des Palestiniens et d’empêcher l’occupation permanente d’Israël. » Même au début du « processus de paix » d’Oslo, et à la demande d’Israël, les USA ont requalifié les territoires palestiniens, de « territoires occupés » ils sont devenus des « territoires disputés », ceci pour que la loi internationale ne soit plus la base des négociations, tirant ainsi la couverture sous les pieds des Palestiniens. Si la loi internationale avait été appliquée, l’occupation aurait cessé par le seul fait de son illégalité. Mais une fois que la puissance est devenue la seule base de négociations, Israël a dominé facilement les Palestiniens. Jusqu’à aujourd’hui, les Palestiniens n’ont rien eu à attendre des négociations. Avec les Américains qui soutiennent l’unilatéralisme israélien, avec le veto américain neutralisant l’ONU comme moyen efficace de réparation, et avec la passivité de l’Europe, ils ont été laissés à la dérive.

« On vous laisse tomber, vous, Israël, qui avez détruit toute possibilité d’Etat palestinien viable par votre extension dans nos territoires. » Le monde a ignoré « l’offre généreuse » des Palestiniens faites à Israël : la reconnaissance des frontières de 1967 en échange d’un Etat palestinien dans les Territoires occupés. Autrement dit, un Etat d’Israël dans 78 % de la Palestine historique et les Palestiniens - aujourd’hui majoritaires dans la région - acceptant un Etat dans seulement 22 %. Israël se trouve maintenant en position - avec le soutien américain et la complicité internationale - pour une occupation permanente et pour réduire les Palestiniens à un Etat-prison, mutilé en cinq « cantons », tous contrôlés par Israël. Pas de frontières ni de liberté de mouvements, pas d’eau, pas d’économie réelle, pas de Jérusalem, aucun espoir pour l’avenir d’une jeunesse palestinienne traumatisée, brutalisée, non formée, non qualifiée, appauvrie.

« Et on vous laisse tomber, vous, le Fatah, en plus de favoriser la corruption vous n’aviez aucun programme national efficace pour notre autodétermination. » L’Autorité palestinienne a fait passer ses affaires avant celles de son peuple, ne fournissant aucun soutien moral et matériel aux victimes des agressions israéliennes et de la politique de démolitions des maisons. Les Palestiniens n’ont pas voté Hamas en majorité (seulement 44 %), aussi la porte n’est pas fermée pour le Fatah qui - de nombreux Palestiniens semblent l’espérer - saura tirer les enseignements de son recul.

En effet, le vote pour le Hamas ne ferme pas la porte, c’est une proclamation rationnelle, voulue et puissante pour la non coopération avec un processus politique qui a conduit uniquement à l’emprisonnement des Palestiniens. Le Hamas, en tous cas, représente la fermeté, [sumud], le refus de la soumission. Ce conflit est trop déstabilisant pour le monde tout entier pour le laisser s’envenimer, disent les Palestiniens.

« Vous pouvez nous imposer un système d’apartheid, nous reprocher notre violence quand vous ne voulez pas voir la terreur de l’Etat israélien, mettre en oeuvre vos programmes, ceux de l’Empire américain, ou vos conceptions de ‘clash des civilisations’, nous, les Palestiniens, nous ne nous soumettrons pas. Nous ne collaborerons pas. Nous ne jouerons pas à votre jeu truqué. »

« En fin de compte, avec toute votre puissance, c’est vous qui viendrez chez nous pour demander la paix. Et alors, nous serons prêts, pour une paix juste qui respecte les droits de tous les peuples de la région, dont le peuple israélien. Mais vous ne nous vaincrez pas. »

En tant que Juif israélien qui voit comment l’occupation a érodé les bases morales de ma société et en réalité de mon peuple tout entier, et en tant que résident de la Palestine et d’Israël qui sait que mon sort est entremêlé de façon complexe avec celui des Palestiniens, je prie pour qu’une telle issue se présente plutôt vite que tardivement.

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Vous pouvez lire également, entre autres, l’article : "Un Palestinien et un Israélien nominés pour le prix Nobel de la Paix 2006" de Georges Rishmawi, publié le dimanche 12 février 2006.


Jeff Halper
coordinateur du comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD). Il peut être joint à jeff@icahd.org
20 mars 2006 - http://www.counterpunch.org/halper0...
Traduction : JPP

Sources :  Protection Palestine

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans OCCUPATION

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