Le Canada cafouille pour ses ressortissants

Publié le par Adriana Evangelizt

Liban : le Canada cafouille

par Alexandre Shields

L'évacuation des ressortissants canadiens tarde à s'organiser

La crise qui frappe le Liban met décidément le gouvernement canadien dans l'embarras. Celui-ci peine en effet à organiser l'évacuation de ses ressortissants qui se trouvent dans ce pays, pilonné quotidiennement par l'armée israélienne. Même si la plupart des pays occidentaux ont déjà commencé à rapatrier leurs citoyens, les six navires loués par le Canada pour faire de même ne seront pas dans le port de Beyrouth avant demain, dans le meilleur des cas.

Ottawa a estimé hier que quelque 4500 Canadiens par jour pourront alors être emmenés du Liban vers Chypre, «à partir du milieu de la semaine», a-t-on promis au ministère des Affaires étrangères. La porte-parole du ministère, Ambra Dickie, a ajouté que trois avions, loués également, les transporteront ensuite au Canada. Mais, a-t-elle précisé, le Canada n'a pas encore de plan précis sur la façon de procéder et «on ne peut pas dire quand [l'évacuation débutera], mais ce sera le plus tôt possible».

Et quand l'heure H sera venue, les ressortissants seront informés par courriel ou encore en communiquant directement avec l'ambassade canadienne de Beyrouth, a expliqué Mme Dickie. D'ici là, «nous allons continuer de fournir le maximum d'informations à ceux qui veulent quitter le Liban», a souligné pour sa part le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay.

Jusqu'à maintenant, plus de 20 000 personnes se sont rapportées à l'ambassade canadienne à Beyrouth. Au moins 50 000 Canadiens se trouveraient au Liban, mais selon les autorités fédérales, la plupart d'entre eux y vivent en permanence et ne voudront probablement pas partir. Cependant, environ 5000 Canadiens seraient actuellement en visite au Liban. Certains ont quitté le pays hier à bord d'un navire italien, sans qu'on puisse en préciser le nombre.

Des fonctionnaires des Affaires étrangères ont reconnu en outre qu'il n'existait encore aucun plan pour le transfert sécuritaire des Canadiens du Sud-Liban, la région la plus durement touchée par les missiles israéliens, vers Beyrouth. Présentement, «on regarde toutes les options possibles pour ceux qui ne pourraient pas se rendre à Beyrouth», a dit Ambra Dickie. Les déplacements à l'intérieur du pays risquent en effet d'être périlleux pour plusieurs, puisque de nombreux ponts et des routes ont été détruits par les raids aériens menés depuis six jours par Tsahal.

Pour l'heure, les fonctionnaires des Affaires étrangères ont dit qu'ils sollicitaient des garanties de protection de la part de tous les «belligérants» de la région et qu'ils ont également des entretiens avec des organisations non gouvernementales, comme la Croix-Rouge, pour déterminer quel est le trajet le plus sécuritaire pour sortir du Sud-Liban. Mme Dickie a également ajouté qu'Ottawa entretenait des contacts fréquents avec les gouvernement libanais et israélien à ce sujet.

Réaction lente ?

Mais la réaction des autorités fédérales, jugée trop tardive, a été vertement dénoncée par la communauté libanaise vivant en sol canadien. Elle traduirait de plus un manque de ressources et d'expérience, mais aussi un certain laxisme dans le traitement de la crise, selon les experts consultés par Le Devoir. «L'ambassade a demandé à plusieurs ressortissants d'aller chercher des informations sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères. Ce n'est pas une mesure sérieuse et elle n'est pas adaptée à la situation, a expliqué Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada et spécialiste du Proche-Orient. Ça démontre une incompréhension totale de l'état de détresse dans lequel peuvent se trouver les ressortissants.»

Selon lui, l'ambassade canadienne au Liban n'avait absolument pas les ressources en personnel ou matérielles pour répondre à une telle crise. Le Canada a d'ailleurs envoyé en catastrophe 16 personnes supplémentaires pour venir en aide aux employés sur place. Une quarantaine d'autres travailleront à partir d'Ottawa.

«Les conservateurs ne sont pas encore habitués à réagir en situation de crise, mais aussi quand vient le temps de donner des instructions précises aux fonctionnaires. Leur personnel politique manque encore d'expérience», a en effet expliqué le professeur au département de science politique de l'Université du Québec et spécialiste de la politique étrangère du Canada, Stéphane Roussel.

Et selon lui, on peut d'ores et déjà prédire que les troupes de Stephen Harper vont sortir malmenées de cette histoire. «Ça va faire très mal, parce que M. Harper a donné l'impression de prendre la situation à la légère. Pourtant, depuis qu'ils ont été élus, les conservateurs avaient jusqu'ici donné l'impression de savoir où ils s'en allaient.»

En dernier recours

Sous le feu de la critique, le gouvernement conservateur a répliqué qu'il s'était tourné vers l'option de l'évacuation par bateau en dernier recours. Il n'avait pas prévu que l'aéroport serait attaqué et que la possibilité de sortir du pays par la voie terrestre serait trop risquée. «Le dossier est très fermement sous contrôle. Nous avançons comme nous l'avions prévu de façon à ce qu'on puisse protéger la vie des Canadiens qui se trouvent au Liban», a expliqué hier le ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, Lawrence Cannon, sur les ondes de LCN. Et l'évacuation devrait commencer vers le milieu de cette semaine, «comme c'est le cas pour les Américains et les Britanniques», a précisé de son côté le premier ministre Stephen Harper au cours de la conférence de presse de clôture du sommet du G8, qui se tenait à Saint-Pétersbourg en Russie.

Or, plusieurs pays ont déjà commencé l'évacuation de leurs ressortissants qui se trouvaient sur le territoire libanais. Un traversier grec affrété par la France a effectué hier soir sa première liaison entre Beyrouth et Chypre, transportant 800 Français, dont quelque 300 enfants, 400 ressortissants de pays européens : Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède, Suisse. Quelque 50 Américains étaient aussi du nombre. Plusieurs centaines d'étrangers ont aussi été évacués par voie terrestre vers la Syrie.

Le Bloc québécois a quant à lui été plutôt cinglant à l'endroit des conservateurs. «Pendant que l'inquiétude la plus vive assaille les familles et les amis des ressortissants québécois et canadiens pris au piège du conflit armé au Liban, Stephen Harper n'a rien d'autre à leur offrir qu'un site Internet et un service téléphonique qui est fermé les fins de semaine, a affirmé la porte-parole bloquiste en matière d'Affaires étrangères, Francine Lalonde. C'est inacceptable et scandaleux. Le gouvernement canadien doit fournir à ses citoyens concernés tous les moyens nécessaires afin de les informer au regard du sort que subissent leurs proches au Liban.»

Sources : Le Devoir

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans ISRAEL LIBAN

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