Quand le monde tombe sur la tête...

Publié le par Adriana Evangelizt

Excellente analyse qui montre bien ce que les dirigeants d'Israël ont en tête... faisant croire au monde entier que le Hamas et le Hezbollah sont de mèche alors qu'ils travaillent chacun de leur côté et que leur idéologie est bien différente...

Quand le monde tombe sur la tête ...

par Samar Al-Gamal

 

Liban. Le pays fait face au déluge de feu israélien. La communauté internationale joue avec les mots, les pays arabes et leurs régimes affichent au grand jour leur incapacité même à tergiverser. Jamais l’injustice du « deux poids deux mesures » n’aura été aussi flagrante ni aussi injustifiable.

La guerre éclate ... Olmert l’a déclarée et Nasrallah l’a confirmée : « Vous avez voulu la guerre. Nous allons mener la guerre ». C’est clair, ce qui se passe depuis une semaine au Liban n’est pas une bataille pour retrouver les soldats capturés par le Hezbollah. Israël veut simplement changer des règles du jeu qui ne lui conviennent plus. Pour ce, l’armée israélienne se lance dans une vaste offensive ... plus rien ne lui échappe. Les principales villes du Liban sont sous le feu des bombes israéliennes. Le premier jour seulement, le Tsahal a effectué une quarantaine de raids aériens. Au début, Israël a prétendu qu’il attaquait les régions contrôlées par le Hezbollah : le sud du pays, la banlieue sud de Beyrouth et la télévision Al-Manar. « Il faut infliger au Hezbollah un coup si dur qu’il ne relèvera pas la tête pendant des années », disent les responsables israéliens. Et l’aéroport ? Il sert à acheminer les armes au Hezb. Et les bâtiments ? Ils abritent les membres du mouvement. Et les routes ? Ils les utilisent.

De qui les Israéliens se moquent-ils ? Toute l’infrastructure libanaise est détruite. Les ponts s’affalent, les Libanais tombent sous les feux. Environ 150 morts en une semaine et plusieurs centaines de blessés. Israël veut redorer son blason, « sa force de dissuasion », après les coups infligés à ses militaires. Olmert n’aurait jamais imaginé pire cauchemar. Après le soldat capturé par la résistance palestinienne, les Libanais attaquent une position israélienne dans la région de Aïta Al-Chaab, près de la frontière avec Israël. Deux soldats trouvent la mort et deux autres sont capturés. Opération réussie pour les militants qui rentrent chez eux sans avoir fait face à une seule balle. Irrité, le nouveau chef du gouvernement israélien ouvre un second front de guerre, après le sud, c’est le nord. Il refuse un échange de prisonniers alors que par le passé, ses prédécesseurs avaient toujours fini par l’accepter, même après le retrait du Liban en 2000.

L’agenda israélien est différent, cette fois-ci et les objectifs sont multiples. « Briser » le parti de Nasrallah, l’homme charismatique qui a su humilier les Israéliens en est un. « Ils veulent se venger de leur défaite en mai 2000 », estime le chef du parti. Ainsi, Israël qui n’a jamais respecté les résolutions de l’Onu, prétend vouloir appliquer par la force la résolution 1 559, qui stipule le désarmement des milices au Liban. « Mais qui a dit à Tel-Aviv qu’il est de son ressort de mettre en œuvre des résolutions internationales ? », se demande le politologue Hassan Nafea. L’Etat Hébreu disposant d’un feu vert éternel s’efforce alors d’appliquer sa tactique. Une liste de cibles visées au Liban est bien préparée depuis longtemps, celles-ci sont ensuite classées en catégories, qui nécessitent un aval du chef du gouvernement à chaque étape, explique Qadri Saïd, le chef de la branche militaire au Centre d’études stratégiques et politiques d’Al-Ahram. « Parce qu’ils sont conscients que la guerre pourrait s’arrêter à n’importe quel moment, les Israéliens attaquent d’abord des cibles du Hezbollah en particulier, puis le ton monte et ils visent des cibles qui font mal au peuple libanais, et la dernière étape est les sites stratégiques, à l’instar des services de renseignements, par exemple », précise Saïd. L’idée donc serait d’affaiblir le Hezbollah et de faire monter la colère des Libanais contre lui. En effet, le lendemain de l’agression, la presse israélienne étalait des analyses, parlant déjà d’une division interlibanaise, voire d’une colère des chrétiens et sunnites contre les chiites. Le gouvernement Olmert a même loué ce qu’il a appelé les critiques des autorités libanaises contre la résistance.

Le tout enrobé d’une idée principale : Israël fait face à un terrorisme régional. Le Hezbollah ressemble à Al-Qaëda et Nasrallah à Bin Laden, avancent les Israéliens depuis quelques jours, s’identifiant aux Américains. Ils l’ont déjà fait avec les Palestiniens et ceci a bien marché. Aujourd’hui, c’est le Hamas et le Hezbollah, avant c’était Arafat ou Hafez Al-Assad et en passant par Saddam et finissant par Nasrallah. Il fallait un ennemi à Tel-Aviv mais pas n’importe lequel, un ennemi qui ressemble à celui de Washington. Haaretz évoque ainsi « l’axe du mal » israélien qui regroupe l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et le Hamas.

Pour la première fois, on entend parler d’alliance entre le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. Deux mouvements de références idéologiques différentes. Certes, le Hamas siège à Damas qui soutient le Hezbollah, mais jamais il n’y a eu lune de miel entre les deux mouvements. Le Libanais menait parfois des opérations contre les Israéliens pour relâcher la pressions sur son confrère le Palestinien, mais sans aucune coordination. La théorie israélienne est renforcée par la demande du Hezbollah « d’un échange de prisonniers libanais et arabes contre les trois soldats israéliens », c’est-à-dire avec le soldat capturé par les Palestiniens. Qadri Saïd estime que cette idée est plausible en ce moment surtout que Khaled Méchaal, le chef du Hamas, a effectué une visite à Téhéran. « Méchaal a certainement soutenu le mouvement libanais. C’est à Damas que la connexion Méchaal-Nasrallah s’est activée. Et les deux chefs ne sont certes pas intéressés par la paix avec Israël », écrit Haaretz qui n’exclut pas l’ouverture d’un troisième front avec Damas. Israël n’est-il pas en « guerre contre le terrorisme ? ». Les arguments sont ensuite vite agencés.

Le troisième jour de l’agression, le Hezbollah parvient à toucher une frégate israélienne, immédiatement après, Tel-Aviv parle de militaires iraniens qui combattent auprès du Hezbollah. Lorsque les Katiouchas de la résistance s’abattent sur Haifa, Israël se précipite d’annoncer qu’il s’agit d’armes syriennes. Il est sûr que la résistance libanaise bénéficie d’un soutien sans équivoque de la part de Damas et Téhéran, Nasrallah lui-même a été entraîné par des Iraniens.

Aucune des trois parties ne nie les liens qui les unissent. Mais depuis sa création en 1982, et durant tout son parcours, le Hezbollah n’a jamais intégré des Iraniens ou d’autres nationalités à part les Libanais dans ses rangs, même lorsqu’il combattait seul sur le front sud. Pour le mouvement, c’est une question de sécurité avant tout, une façon d’éviter toute infiltration de l’ennemi. Au moment de son occupation du Liban, les services de renseignements israéliens avaient conclu que le mouvement libanais était complètement indépendant du contrôle de la Syrie, qui à cette époque était bel et bien présente sur le territoire libanais, avec et armées et services secrets.

Sur le plan international et comme « Israël bénéficie d’une immunité internationale » selon les termes de Amr Moussa, chef de la Ligue arabe, il ne faut surtout pas entraver ses plans. Loin de s’attarder sur une réaction pathétique de Georges Bush et de son Administration qui justifie la guerre israélienne par une opération de « self défense », la réaction d’une grande partie de la communauté internationales aura été hautement lamentable. Jamais le deux poids deux mesures n’avait été aussi flagrant. Le Conseil de sécurité a ainsi tenu une réunion de crise sur l’offensive israélienne au Liban, mais s’est abstenu de réclamer un cessez-le-feu.

De Saint-Pétersbourg, les dirigeants du G8 proposent eux un « arrêt des violences » qui commence tout d’abord par « le retour des soldats israéliens sains et saufs de Gaza et du Liban et l’arrêt des bombardements du territoire israélien », « l’arrêt des opérations militaires israéliennes » au Liban et à Gaza vient plus tard !

Car à l’origine de la crise, disent-ils, ce sont des « forces extrémistes qui cherchent à déstabiliser la région ». Ils ne les nomment pas, mais Bush ignorant que son micro était ouvert apporte vite les détails. « Ce qu’ils doivent faire, c’est amener la Syrie à faire en sorte que le Hezbollah cesse de semer la merde, et ce sera fini. J’ai eu envie de dire à Kofi d’appeler Al-Assad au téléphone, pour qu’il se passe quelque chose ». C’est l’idée apparemment partagée par un nombre de capitales arabes. Riyad, suivi par Le Caire et Amman, ont eux aussi critiqué implicitement le mouvement libanais et « ses aventures irréfléchies ». Le triangle des pays dits modérés de la région craint en effet une influence accrue de l’Iran dans la région et pense que Damas est une étape claire pour sortir de cette crise. Le lendemain du déclenchement des opérations, le président égyptien a ainsi dépêché son chef de diplomatie en Syrie. Un entretien avec Bachar pour lui demander d’user de son influence auprès du Hezbollah s’achève par des « signes positifs », selon Aboul-Gheit. Les contacts se multiplient, Kofi Annan, Bush, Siniora, Mahmoud Abbass, Abdallah ... la hot-line est établie. Une délégation de l’Onu dépêchée dans la région arrive au Caire. L’UE délègue Javier Solana. Il y aurait des propositions d’un déploiement de forces internationales au Liban. Seulement au fil des heures, les opérations israéliennes prennent de l’ampleur, le nombre de victimes civils se multiplie et la crainte d’un effet tache d’huile s’amplifie. Le ton change aussi. Moubarak appelle Israël à « arrêter ses opérations (...). La guerre ne lui servira en rien et l’opinion arabe et musulmane se montera davantage contre les Israéliens et ils le savent ». Mais l’idée d’une souveraineté totale du gouvernement libanais sur son territoire resurgit.

Le problème c’est que deux logiques s’affrontent en quelque sorte au Liban. La logique de révolution et celle d’un Etat. Une sorte de mi-guerre, mi-paix. Les exploits du Hezbollah ne peuvent certes que susciter l’admiration, mais une unanimité nationale est requise. Une fin de l’occupation aussi. Israël comprend bien que tant qu’il occupe des terres, il y aura résistance. Briser le Hezbollah serait extrêmement difficile. Ce mouvement est un mélange impressionnant de pragmatisme, de nationalisme et de réseau d’œuvres sociales, plus qu’un groupe idéologique armé. Les épreuves de force sont vouées à se reproduire à n’importe quel endroit, surtout si les Israéliens continuent à croire en leur capacité de neutraliser les peuples occupés. Une occupation sans résistance n’a jamais existé et le souci d’Israël de préserver uniquement son image et sa force de dissuasion finiront pas le mener au bout du gouffre.

Sources : Al Ahram

Posté par Adriana Evangelizt

 
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Publié dans ISRAEL LIBAN

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