Liban : L'embrasement

Publié le par Adriana Evangelizt

La chronique de Pascal Boniface

Directeur de l'IRIS

 

 

Il y a tout juste un an, la perspective du retrait israélien de Gaza permettait d’entrevoir un cheminement vers la paix au Proche-Orient. Aujourd’hui, la nouvelle guerre du Liban – car comment l’appeler autrement ? – fait craindre un embrasement général de la région.

Le Hezbollah a profité de l’occasion donnée par les bombardements israéliens sur Gaza pour proclamer sa solidarité avec les Palestiniens et revêtir l’habit du plus efficace ennemi d’Israël. Il espérait ainsi élargir sa popularité au-delà des cercles chiites vis-à-vis des populations arabes en colère, contre l’absence de réaction des gouvernements arabes et européens face à ces opérations militaires, où les civils palestiniens sont les principales victimes.

Le Hezbollah avait également deux points de calendrier en tête. Il a choisi d’enlever deux soldats israéliens au moment où le G8 allait prendre des décisions sur le dossier nucléaire iranien, alors que la question du maintien de l’armement de sa milice se posait avec plus d’acuité. Les appels au désarmement du Hezbollah se faisaient plus pressants aussi bien à l’intérieur du Liban qu’au niveau international. Le Hezbollah a donc pris sciemment le risque de déclencher une nouvelle guerre dans laquelle l’ensemble du Liban est désormais plongé contre son gré, au moment même où le pays s’apprêtait à vivre un été paisible avec des accents de prospérité retrouvée. Le Liban est en effet de nouveau plongé en enfer, à l’orée même d’une saison touristique qui s’annonçait prometteuse.

Si la responsabilité du Hezbollah est claire, s’il est probable que la Syrie et l’Iran voient tout ceci avec satisfaction, il n’en reste pas moins que la réaction israélienne peut paraître disproportionnée. Certes Israël a le droit de répliquer à l’enlèvement de ses soldats, comme tout pays. Certes Israël a le droit à la légitime défense. Mais bombarder un pays, ses infrastructures, ses ports, son aéroport, sa population civile, mettre un pays sous blocus, tout ceci constitue tout simplement des actes de guerre d’une gravité exceptionnelle. L’action militaire israélienne ne peut s’accompagner que de la mort de nombreux civils, surtout parce que les bombardements ne concernent pas seulement la zone tenue par le Hezbollah, mais le Liban tout entier.

Si les Israéliens s’offusquent de la réplique du Hezbollah sur Haïfa et de la mort de civils israéliens, ils feraient bien de réfléchir à la façon dont leurs propres actions peuvent être perçues. Certes, de nombreux Libanais en veulent au Hezbollah d’avoir pris l’initiative de l’affrontement, mais ce sont bien les actions israéliennes qui provoquent les dégâts matériels et humains dont souffre le Liban. C’est bien la violence de la réaction militaire massive israélienne qui crée des victimes civiles. L’armée israélienne estime que la force est en sa faveur et que c’est le seul langage que ses adversaires comprennent. Cette philosophie a conduit dans le passé à de nombreuses désillusions. Mais Israël bénéficie, si ce n’est du soutien, du moins du silence complice de la communauté internationale. Rarement l’impuissance des leaders du G8, censés constituer un directoire du monde, n’est apparue aussi grande.

Ceux-ci se sont, en effet, pour l’instant contentés de déclarations verbales absolument platoniques et sans aucun effet pratique. On imagine difficilement la même attitude négligente des grandes puissances si Israël devait subir les bombardements dont le Liban est victime. Tout ceci va continuer à alimenter le reproche du « deux poids deux mesures » si souvent souligné au Proche-Orient, non sans raison.

Manifestement, les Etats-Unis, mais également les Européens, ne seraient pas mécontents de voir Israël parvenir à ses fins en brisant définitivement le Hezbollah. La question est alors de savoir si cet objectif est réalisable à court terme, et quel prix le Liban et l’ensemble de la région vont payer pour cette nouvelle guerre. Il ne faut pas oublier que l’apparition du Hezbollah date de la première guerre du Liban, au début des années 80. Alors que peut-t-il sortir de celle-ci ? Madeleine Albright, l’ancienne Secrétaire d’Etat de Clinton, a accusé George W. Bush d’être trop passif et d’avoir trop tardé à envoyer sa Secrétaire d’Etat effectuer une navette diplomatique dans la région.

On plaçait également beaucoup d’espoirs dans l’arrivée au Ministère de la Défense du travailliste Amir Peretz, leader syndicaliste. Pour une fois, en effet, ce n’était pas un ancien général qui occupait ce poste. Malheureusement, il ne semble pas avoir de contrôle politique sur l’action militaire ; il semblerait qu’il ne dirige pas ce ministère, et que l’armée décide seule.

Le langage de la force ne mène à rien, si ce n’est à développer la haine et à nourrir des raisons d’affrontements ultérieurs. La provocation du Hezbollah, la réaction disproportionnée israélienne et l’impuissance volontaire des grandes puissances constituent un cocktail extrêmement dangereux.
Sources : IRIS
Posté par Adriana Evangelizt
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Publié dans ISRAEL LIBAN

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