Palestine : que veut Israêl ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Palestine : Que veut Israël ?

par Taieb ZAHAR

Israël nous a habitués, depuis longtemps, à la politique que ses gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont toujours menée et qui n’a que mépris pour toutes les valeurs qui constituent la dignité de l’humanité, les principes de la morale et du respect du droit sacré à la vie, mais la guerre totale que son armée livre au peuple palestinien et qui a déjà fait des milliers de victimes civiles, dépasse toutes les limites de l’horreur et de la barbarie.

Prenant prétexte de l’enlèvement d’un caporal – faut-il rappeler aux bonnes consciences, si promptes à maintenir Israël de façon inconditionnelle qu’il ne s’agit pas là d’un paisible civil — Ehud Olmert, prenant de court toutes les tentatives de médiation qui auraient pu aboutir si elles n’avaient pas été sciemment torpillées par lui, décide de lancer son armée dans une vaste opération de guerre dont l’objectif est de réoccuper la Bande de Gaza et de détruire le gouvernement palestinien qui, même si certaines de ses positions pourraient être discutées, est un gouvernement élu de façon démocratique par la majorité des Palestiniens selon ces mêmes critères que l’Occident et, partiellement, les Etats-Unis entendent imposer aux pays arabes. Le bilan est lourd, très lourd : des dizaines de victimes civiles, des femmes, des enfants, ceux-là même qui, il y a quelques mois, après le retrait unilatéral de Gaza décidé par Sharon, pensaient que le cauchemar était terminé et que des signes annonçaient le retour de la paix. Ce qui restait de l’infrastructure, routes, ponts, centrale électrique, bâtiments administratifs est systématiquement détruit. Israël est allé plus loin, son armée a procédé à l’enlèvement de plusieurs membres du gouvernement et du parlement palestinien qui seront, selon des responsables israéliens, “jugés pour terrorisme” ; une première dans l’histoire et une provocation qui dépasse tout entendement et défie toute la communauté internationale.

La guerre totale menée par Israël contre le peuple palestinien et qui peut très bien, tant la folie de ses dirigeants est, elle aussi, totale, toucher des pays voisins, est significative de plusieurs éléments qu’il convient de souligner. Jamais dans l’histoire moderne — sauf sans doute chez le régime nazi— un Etat ne s’est senti jouir d’une impunité telle qu’il se lance, au moindre prétexte, dans une guerre sans aucune limite contre un peuple dont le seul tort est de vouloir vivre en paix sur ses propres terres. Ce phénomène est unique dans l’histoire, surtout qu’il est aidé dans son délire par une écrasante supériorité militaire. Il n’est, sans doute, pas dû à la conjoncture mais il est plutôt la consécration et l’expression de tendances profondes de la société israélienne, entretenues depuis sa création et bien avant par l’idéologie sioniste et les gouvernements successifs. Il a été également favorisé par le soutien inconditionnel des Etats-Unis à l’Etat sioniste et la “compréhension” que lui manifestent de nombreux pays européens dont certains se targuaient, il y a quelques années, d’avoir une politique équilibrée dans le conflit du Moyen-Orient. Ce qui se passe dans les territoires occupés apporte une nouvelle preuve de l’impuissance des Nations-Unies – dans leur organisation actuelle. Le Conseil n’a pas pu prendre position en raison de l’opposition des Etats-Unis et… de la France qui ont considéré que le projet de résolution ne tenait pas compte de toutes les données. Seul le Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies, et ce malgré l’opposition des Américains et des pays européens, a condamné la guerre menée par Israël.

Un autre élément, autrement plus grave à notre sens, doit être souligné. Il s’agit de l’attitude des pays arabes, à une ou deux exceptions près, qui se sont drapés dans un silence embarrassé, rompu seulement par des déclarations de principe qui sont passées inaperçues, tant les opinions publiques arabes y sont habituées. Les peuples arabes, qui sont de toute évidence totalement solidaires de leurs frères Palestiniens, ne peuvent sanctionner ces attitudes et attendent un sursaut de la part de leurs sociétés civiles et de leurs élites. A ce niveau, le rôle des intellectuels arabes installés en Occident est important : de par leur statut et leur audience, ils doivent prendre position, entreprendre des campagnes pour dénoncer la politique de Tel-Aviv auprès d’opinions publiques conditionnées par la propagande israélienne qui demeure, en dépit de la politique de son gouvernement, efficace.

Que veut Israël ?

La première réponse à cette question qui s’impose d’elle-même est qu’il ne veut pas la paix et que même s’ils sont parfois contraints, sous l’effet de plusieurs facteurs, à faire semblant de jouer le jeu de la paix et du dialogue, tous les gouvernements qui se sont succédés à Tel-Aviv n’avaient pour objectif que la consolidation de leur hégémonie. Tout le reste n’est que manœuvre et tactique et l’histoire le prouve ; sinon comment pourrait-on expliquer qu’Israël ait tout fait pour affaiblir les partisans de la paix au sein de la résistance palestinienne ; toute sa politique est mobilisée dans ce sens. Ce fut Arafat, l’artisan des Accords d’Oslo et qui a joué sa carrière sur le pari de la paix, qui est devenu l’ennemi disqualifié par Israël et par Bush pour être un partenaire crédible.

L’arrivée de Mahmoud Abbas a fait croire qu’Israël allait enfin s’engager de façon sérieuse sur la voie du dialogue et de la paix. Mais il n’en fut rien et la victoire du Hamas aux législatives fut l’occasion qu’attendait Israël pour se dérober à ce qui devait être l’occasion de réactiver le processus de paix. Lorsque Mahmoud Abbas a entrepris, de façon fort habile, d’amener le Hamas à des positions plus modérées – et il avait des chances de réussir – Ehud Olmert, fidèle en cela à la tradition de ses prédécesseurs, a sauté sur la première occasion pour faire échouer cette chance qui sera peut- être la dernière. La situation actuelle a dévoilé la véritable nature d’Israël et même ceux qui croyaient à la possibilité d’un changement de sa politique en faveur de la paix, sont maintenant édifiés et même s’ils gardent encore quelques illusions, ils ne peuvent pas se situer à contre courant de l’écrasante majorité de leur peuple.

La politique israélienne ne manquera pas d’avoir des effets durables qui détermineront, pour de longues années, l’avenir de la région.

D’abord, en ce qui concerne Israël, il est évident que la cassure dans son rapport aux Palestiniens et aux Arabes est, pour au moins deux générations, irrémédiable. Il s’est coupé de son milieu géographique naturel et on imagine difficilement, même si la paix se réalise un jour, qu’il puisse avoir des relations normales avec les Palestiniens et s’intégrer dans le Monde arabe.

Ensuite, dans le Monde arabe où la politique de Tel-Aviv et l’impuissance des régimes arabes ainsi que l’échec des approches de dialogue et de paix ne feront que préparer le terrain aux tendances les plus extrémistes qui auront beau jeu de se présenter comme la Solution et l’Alternative.

Enfin et, sur un plan plus général, c’est le rapport du Monde arabe à l’Occident qui est en jeu. Israël est assimilé par les peuples arabes à l’Occident, pour plusieurs raisons dont notamment le caractère étranger de ce pays perçu comme une création qui est venue s’imposer au peuple palestinien et occuper ses terres, et aussi le soutien de l’Occident et particulièrement des Etats-Unis, en dépit de tout bon sens et des intérêts mêmes de l’Occident. Le rejet par des franges, de plus en plus importantes et actives des peuples arabes, de l’Occident, de ses valeurs et de son modèle culturel s’explique, pour une très large part, par ces raisons et ce rejet est appelé à prendre des formes violentes. C’est dire combien le jeu que mène Israël est dangereux, non pas pour les Palestiniens, parce que, tôt ou tard, ils réaliseront leurs objectifs, mais pour Israël et pour ceux qui le soutiennent dans sa folie.

Sources : Réalités

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans SIONISME

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