Débandade arabe

Publié le par Adriana Evangelizt

Débandade arabe

par Tahar SELMI

Le Liban, patrie de Gibrane Khalil Gibrane et berceau de l’une des plus vieilles civilisations humaines, qui a brillé, à travers six mille ans d’Histoire, de mille feux et de mille lumières par ses merveilleuses irradiations culturelles et scientifiques, se meurt sous le regard et le silence assourdissant du monde entier. Par dizaines, les oiseaux métalliques de l’Etat hébreu l’arrosent depuis quatre jours sans répit de leurs projectiles funestes, en toute liberté, en toute impunité. Incapable de briser l’unité nationale des Libanais, Israël s’acharne à leur briser le moral, en s’attaquant aux secteurs sensibles de ce pays frère : son infrastructure de base et son économie. Les destructions subies rappellent, par leur ampleur, l’image désolante d’un paysage lunaire.


Croire, pour autant, qu’Israël a perdu, mercredi, le contrôle de ses nerfs, c’est méconnaître les dirigeants de Tel-Aviv dont la moindre déclaration ou action est, a priori, froidement analysée dans son impact et ses conséquences. Si l’Etat hébreu a pris des initiatives susceptibles de «choquer», c’est parce que le contexte géopolitique l’encourage à frapper un grand coup, prélude, peut-être, à un embrasement régional généralisé. Avec un Irak explosif sur les bras, un Iran doté de griffes atomiques et une «razzia islamiste» autour des plus importants gisements pétroliers, certains ne font pas mystère de leur désir d’en changer la donne par la force des armes.


Le plus déplorable dans tout cela, c’est la débandade générale au Machrek arabe, où la fracture des rangs s’est révélée dans toute sa nudité: crue, cruelle, dramatique. Pour celui qui regarde le Monde arabe, aujourd’hui, le spectacle est pour le moins affligeant : l’Irak, épine dorsale de la région, avec ses ressources inépuisables en eau et en énergie et son vaste potentiel industriel, est anéanti par un déluge de fer et de feu, occupé et pillé. La Syrie, prise en tenaille dans le collimateur israélo-US, risque de connaître le même destin dans les mois à venir. Le Soudan, vaste réservoir énergétique prouvé, est officiellement démembré et ne conserve plus de l’unité que la façade. L’entente arabe, si chétive déjà, craquelle de toutes parts. La zizanie, un moment contenue, remonte à la surface. Les polémiques s’étalent sur la place publique. On se chamaille. On se défie. On s’insulte. La Ligue arabe et l’UMA sont cliniquement mortes et ne vivent plus que d’artifice. Quant aux économies arabes, elles sont, à de rares exceptions près, d’immenses fiascos, comme le souligne, avec un regard placide, le dernier rapport du PNUD.


Que peut-on espérer désormais de ce Monde arabe, divisé, contradictoire, végétant dans son cocon d’immobilisme, sans perspective d’avenir ni volonté de changement. Il est vrai que nous «avons été» une grande et magnifique nation. Mais, aujourd’hui, avec quels lambeaux du passé allons-nous construire l’avenir? Le monde arabe est comparable aujourd’hui à un mollusque invertébré dans un océan qui pullule de requins et de monstres marins. Ses jours sont en danger.


Il appartient aux pays arabes de se ressaisir, de se refaire une méthodologie, une raison avant d’être happés, l’un après l’autre par ces prédateurs voraces. Ressouder leurs rangs, parler d’une seule voix, respecter l’engagement pris: c’est à partir de là, et de là seulement qu’une renaissance arabe peut être encore conçue et tentée. Il ne faut pas des siècles pour cela. A l’ère de l’électronique, le temps ne s’est jamais autant raccourci et les années qui nous séparent des débâcles passés auraient pu suffire à d’autres peuples pour faire des miracles.

Sources : Tunis Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans ISRAEL LIBAN

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