LA POLITIQUE D'APARTHEID D'ISRAËL

Publié le par Adriana Evangelizt

Alors après les présents absents voilà les villages non reconnus du Neguev. Ils existent bel et bien mais, en haut lieu, ON a décidé qu'il n'existaient pas et la population bédouine non plus. Tout ça pour les obliger à quitter ce sol. Voyez un peu le vice en regardant la photo ci-dessous... une station d'eau interdite aux bédouins parce que le village n'est pas reconnu. Et après ça vient nous bassiner avec "un état démocratique"... un état d'apartheid comme l'Afrique du Sud. Ils se conduisent de la même façon avec les palestiniens que les afrikaners avec les noirs.

Lire aussi  "Petit lexique sud-africain" pour aider à comprendre la réalité de l’Afrique du Sud

Les villages non reconnus du Néguev dénoncent la politique d’apartheid d’Israël

 

par Bangani Ngeleza - Adri Nieuwhof
 
 
 
"Le choix politique de l’apartheid en Afrique du Sud a été adopté pour garantir une position privilégiée aux Blancs d’Afrique du Sud. Le choix politique du gouvernement israélien vise à assurer une position privilégiée aux Juifs. Un gouvernement qui divise son peuple et prive une partie de ses citoyens des droits humains fondamentaux ne montre pas un grand attachement à la paix."

80 000 Israéliens bédouins palestiniens vivent dans les villages non reconnus dans le désert du Néguev dans le sud d’Israël. Les villages sont privés des services essentiels tels que le logement, l’eau, l’électricité, l’éducation et les soins. Avec l’adoption de la loi israélienne pour l’Aménagement et la Construction, en 1965, 45 villages du Néguev ont été considérés comme non existant. Récemment, Bangani Ngeleza et Adri Nieuwof se sont rendus dans la région. Ils rendent compte des graves conséquences que cela induit pour les villageois dans « les villages non reconnus ».

La majorité des villages existait au temps de la création d’Israël en 1948, certains se sont créés dans le début des années 60 quand Israël a évacué les Bédouins du nord du Néguev vers le sud de Beersheba. La comparaison entre les expériences des Bédouins palestiniens dans les villages non reconnus et celles des noirs sud-africains dans les colonies officieuses dans l’apartheid d’Afrique du Sud est frappante. Le choix politique de l’apartheid en Afrique du Sud a été adopté pour garantir une position privilégiée aux Blancs d’Afrique du Sud. Le choix politique du gouvernement israélien vise à assurer une position privilégiée aux Juifs. Un gouvernement qui divise son peuple et prive une partie de ses citoyens des droits humains fondamentaux ne montre pas un grand attachement à la paix.

Les villages non reconnus dans le Néguev

Les 80 000 Bédouins palestiniens habitant dans ces villages non reconnus dans le sud d’Israël sont des citoyens d’Israël. Ils ont le droit de vote dans les élections nationales et quand ils ont un travail, ou un commerce, ils doivent payer des impôts. La majorité habite depuis des générations dans les villages, sur leur terre dans le Néguev. Après l’adoption de la loi de 1965 sur l’Aménagement et la Construction, les villages ont disparu de la carte israélienne. Ils n’ont plus été reconnus par aucun gouvernement officiel et sont ignorés dans les projets d’aménagements du gouvernement.

Mais comme il n’y a aucune autorité municipale pour gérer les villages, les Bédouins palestiniens ne peuvent ni voter ni être éligibles à des fonctions municipales. Les villageois sont privés des infrastructures et services de base, comme les routes, le traitement des eaux usées, l’eau courante, l’électricité, les centres médicaux, les jardins d’enfants et les services d’aides sociales. Les familles dans les villages vivent pour la plupart dans des cabanes sous des toits en tôles de zinc où la température peut monter jusqu’à 55 degrés Celsius. Il n’y a aucune autorité pour délivrer des permis de construction de maisons. La construction de maisons dans le village est par conséquent non autorisée et elles sont en permanence menacées de démolitions. Un ancien officier de la police du Néguev faisait remarquer : « il y a un déséquilibre depuis qu’il y a une autorité seulement pour la démolition et aucune pour délivrer les permis de construire » 1.

Les enfants

La moitié de la population bédouine - environ 40 000 - dans les villages non reconnus est âgée de moins de 18 ans. En 2002, le taux de mortalité infantile était de 17,1 pour mille naissances, à comparer avec le taux pour les enfants juifs qui était de 4,5 pour mille. L’absence de tout à l’égout et de ramassage d’ordures crée des conditions d’habitation insalubres, cause principale des maladies infantiles.

Les enfants des villages non reconnus doivent parcourir quelquefois entre 40 et 60 kilomètres pour aller à l’école. Ils doivent marcher depuis le village jusqu’à la route nationale pour accéder au transport. La majorité des enfants ne peut aller au jardin d’enfants parce qu’il n’y en a pas dans leur village. Ceci va à l’encontre de la loi imposant l’enseignement obligatoire pour les enfants de 4 ans. Surtout, la loi pour l’Enseignement obligatoire exige du gouvernement qu’il assure l’enseignement libre et obligatoire pour tous les enfants âgés de 5 à 15 ans, sans prendre en compte si l’enfant a été inscrit sur les registres du ministère de l’Intérieur ou si les parents de l’enfant sont des résidents illégaux. Le ministre israélien des Affaires étrangères a revendiqué fièrement cela comme relevant de son engagement pour les droits sociaux et d’assistance (2).

40 % des enfants abandonnent encore avant la fin du lycée, et parmi ceux qui arrivent au terme du lycée, seulement 27 % réussissent leur baccalauréat (équivalent du bac dans les pays anglo-saxons donnant droit à une inscription à l’université - NDLP).

La politique de d’expulsions

La politique d’expulsion des Palestiniens d’Israël est vieille comme la création de l’Etat d’Israël en 1948, et elle est illustrée par le premier ministre Ben Gurion qui disait lors d’une visite à Nazareth, « Pourquoi y a-t-il tant d’Arabes ici ? Pourquoi ne les avez-vous pas chassés ? » (3).

Après la levée du régime militaire qui était en vigueur de 1948 à 1966 dans le Néguev et en Galilée, la politique israélienne s’est poursuivie pour viser au départ de la population bédouine. Pendant cette période, plus de 50 000 Bédouins ont été transférés vers 7 ‘townships’ qui furent prévues spécialement pour ce groupe. Les communes sont surpeuplées et les familles bédouines ont été arrachées à leur mode de vie traditionnel. Ces « villes/concentration » sont les plus pauvres et les plus mal entretenues d’Israël. Dans ce processus de déplacements de la population, la terre appartenant aux familles bédouines a été confisquée. En avril 2003, un plan de 6 ans était approuvé par le gouvernement de Sharon avec la volonté affichée de modifier la situation de la population, de régler les conflits terriens et de renforcer la loi par rapport au secteur des Bédouins dans le Néguev. Le plan a été élaboré sans consultation avec la communauté bédouine du Néguev. En pratique, le point principal des activités prévue dans le plan pour les années à venir, est « l’application de la loi », ce qui veut dire la démolition massive de maisons. D’énormes sommes du budget furent allouées aux forces de police israéliennes. Le cabinet de Sharon a approuvé un budget de 250 millions $ pour obliger les Bédouins des 45 villages non reconnus à quitter leurs maisons. Dans le même temps, le gouvernement programmait le développement de nouvelles colonies juives à travers tout le Néguev. Selon les travailleurs sur le terrain du Conseil régional des villages non reconnus du Néguev, chaque semaine quelques cabanes sont démolies par les bulldozers géants Caterpillar appartenant à Israël. La stratégie est de démolir quelques maisons ici, en évitant les démolitions de villages de grande ampleur. Le message lancé aux Bédouins, c’est qu’ils feraient mieux de s’en aller bientôt ou ils seront chassés par la force.

Les colonies officieuses en Afrique du Sud

L’existence des colonies officieuses en Afrique du Sud aujourd’hui reflète aujourd’hui l’héritage d’un apartheid qui a dépouillé les Africains de leur droit de vivre où ils voulaient. Cela prendra des années au gouvernement actuel et des sommes considérables pour pallier le retard de logements.

Il y a des similitudes troublantes dans les conditions de vie entre les villages non reconnus et les colonies officieuses sous l’apartheid tels le manque d’accès à l’eau potable suffisante, le manque d’installations sanitaires décentes, l’absence d’infrastructure routière, le manque de centre d’éducation, des maisons construites avec des tôles ondulées (parfois avec du plastique noir et du carton), etc.

Les similitudes sont frappantes entre la politique fondée sur le racisme qui a inspiré la création des colonies de blancs sous le régime de l’apartheid de l’Afrique du Sud et l’implantation des colonies juives par le gouvernement israélien.

La politique rationnelle de l’apartheid sud-africain

Le principe du contrôle migratoire a été introduit en Afrique du Sud dans les années 60 comme mécanisme visant à limiter le nombre d’Africains noirs à l’intérieur des 87% du territoire représentant « l’Afrique du Sud blanche » en application de la loi de la Terre de 1913.

Ce principe se basait sur trois éléments :

  • a) le « Group Areas Act »(*), qui interdisait aux Africains de venir en Afrique du Sud pour plus de 72 heures sans permission officielle ;
  • b) les bureaux de main d’oeuvre, qui adaptaient les travailleurs africains avec des métiers spécifiques pour leur accorder ensuite l’autorisation officielle requise pour travailler pour un employeur déterminé et vivre dans une commune indiquée ;
  • c) l’application stricte du « Group Areas Act » (4).

Cette politique était mise en application avec zèle par le régime d’apartheid, il y a eu un total extraordinaire de 5,8 millions de poursuites dans le cadre des lois de restriction de déplacement dans la décennie 1966-1975. Effectivement, cette politique a réduit la citoyenneté africaine à 13 % des territoires les plus pauvres, qui étaient déclarés comme faisant partie de la politique de ‘homelands’ les « bantoustans ».

Les départs forcés

La politique de contrôle migratoire a été mise en oeuvre en Afrique du Sud à l’aide d’expulsions. Elles ont conduit à des départs forcés de plus de 3,5 millions de Noirs (Africains, « métis » et Indiens) pendant les années 60, 70 et 80. Dans les années 50, plus de 600 000 personnes ont été chassées de Johannesburg et « jetées »dans une ‘township’ ouvrière, connue sous le nom de Southwest Township (SOWETO) [la commune du sud-ouest] et qui était surpeuplée. Soweto était située à 10 km de Johannesburg, et ne possédait au départ aucun équipement.

Des déplacements forcés se sont produits aussi à Cato Manor (Mkhumbane) à Durban et dans le district 6, à Cape Town, d’où 55 000 personnes ont été obligées de partir. La politique de contrôle migratoire signifiait que seulement les Africains détenteurs de l’autorisation nécessaire pour être en Afrique du Sud pouvaient rester dans ces réserves. Ceux qui se faisaient prendre sans une telle autorisation étaient régulièrement rassemblés, détenus et enfin transportés aux frontières des ‘homelands’ où l’on s’en débarrassait. C’était effectivement une mesure qui servait à respecter l’impératif démographique qui garantissait une majorité blanche dans ce qui était appelé, l’Afrique du Sud « blanche ». C’était une politique semblable à celle du gouvernement israélien voulant assurer une majorité juive en Israël à travers des expulsions massives.

L’apparition du phénomène des colonies officieuses

L’abrogation de la législation sur le contrôle du flux migratoire durant les dernières années de l’apartheid a conduit à un mouvement du peuple africain des terres rurales appauvries (bantoustans) vers les milieux urbains (qui étaient autrefois réservés aux « Blancs ») recherchant une vie meilleure (emploi, éducation, etc.).

Depuis 1976, le régime d’apartheid n’avait rien construit pour loger le peuple noir dans ces secteurs urbains, du fait de sa politique raciale limitant les déplacements des Noirs. Le résultat de ce phénomène urbain fut la création de bidonvilles où les gens se sont installés tant bien que mal, dans les arrière-cours des habitations des ‘townships’, dans les espaces disponibles en limite des ‘townships’ et plus près des villes, dans les villes frontière proche de leur ‘homelands’. En 1994, quand le gouvernement du Congrès national africain est arrivé au pouvoir grâce aux premières élections démocratiques du pays, on comptait une unité de logement pour 43 Africains pour une unité pour 3,5 Blancs. Le retard dans les constructions a été estimé à 1,3 million d’unités de logements, avec entre 7,5 et 10 millions de personnes dans des habitations irrégulières (5).

L’avenir d’Israël dépend de la fin de l’apartheid

Le choix politique de l’apartheid en Afrique du Sud a été adopté pour garantir une position privilégiée aux Blancs d’Afrique du Sud. Le choix politique du gouvernement israélien vise à assurer une position privilégiée aux Juifs. Un gouvernement qui divise son peuple et prive une partie de ses citoyens des droits humains fondamentaux ne montre pas un grand attachement à la paix. En Poursuivant cette politique de discrimination, il est difficile de prendre la rhétorique de Sharon sur le fait d’œuvrer pour la paix au sérieux. Le défi pour Israël est d’arriver à une solution qui garantira l’égalité pour tous les citoyens sans prendre en compte sa race, son sexe, sa religion, à l’intérieur d’un Etat démocratique. Il faut faire pression sur Israël pour qu’elle abandonne sa politique d’apartheid, y compris son refus de reconnaître l’existence de villages composés de ses propres citoyens, vivant à l’intérieur de ses frontières nationales.

La situation matérielle des Bédouins vivant dans les villages non reconnus fait passer au premier plan ce qui a motivé l’indignation de Nelson Mandela qui avait dit, à l’occasion du procès Rivonia, en 1964, où lui et un autre dirigeant de l’ANC risquaient la peine de mort : « J’ai combattu contre la domination blanche, et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les êtres vivent ensemble en harmonie et avec les mêmes chances. Je n’ai vécu que pour cet idéal et j’espère l’atteindre, mais s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis préparé à mourir ».

Bangani Ngelez et Adri Nieuwhof sont des consultants indépendants, respectivement d’Afrique du Sud et des Pays-Bas. Ngeleza a participé au combat de libération de l’ANC pour vaincre l’apartheid en Afrique du Sud, et Nieuwhof a soutenu ce combat comme membre du Comité hollandais d’Afrique du Sud pour l’ANC sud-africaine pour la réalisation de ses buts.

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A travers tout le pays, le contraste demeure frappant entre, d’un côté, des étendues immenses, soigneusement clôturées, réservées aux pâturages, des cultures industrielles traversées par des routes en excellent état, et, de l’autre, des familles noires qui campent sur des parcelles minuscules. Au bout des pistes de terre, on retrouve ce qui reste des homelands d’autrefois, des terres usées, érodées, soumises à l’autorité des chefs traditionnels et que les hommes valides ont quittées pour les villes.

L’apartheid avait organisé les plus vastes mouvements de population et de dépossession du siècle dernier : entre 1960 et 1980, plus de 3,5 millions de Noirs avaient été chassés de leurs terres, relégués dans les « foyers tribaux » ou homelands ou dans les townships aux abords des grandes villes. Les Noirs, privés de terre, avaient ainsi cessé d’être des rivaux potentiels pour les fermiers blancs. Ils étaient devenus un réservoir de main-d’œuvre bon marché pour les fermes, les mines, l’industrie. Lors de son arrivée au pouvoir, en 1994, le Congrès national africain (ANC) s’était engagé à modifier un paysage où 60 000 fermiers blancs détenaient 87 % des terres cultivables tandis que des millions de Noirs se partageaient les 13 % restants. Nul n’ignorait que cette dépossession des Noirs, chassés de leurs terres ancestrales sans dédommagement ou compensation, n’avait pas été seulement le fait de la conquête coloniale ou de la guerre des Boers, mais qu’elle était le résultat d’une politique délibérément menée depuis 1913 (lorsque fut promulgué le Land Act). Après l’arrivée au pouvoir des Afrikaners en 1948, les homelands ou foyers tribaux furent créés, et l’Etat raciste accéléra les déplacements de population entamés depuis le XIXe siècle.

Le Monde diplomatique, 2003.

Quoique moins rudement frappés par cette politique, Asiatiques et Métis perdirent eux aussi l’essentiel de leurs minces avantages. Le Group Areas Act de 1950 visait notamment à l’élimination des « taches noires » résultant d’achats opérés par les Noirs avant 1913. On entreprit d’expulser des « terres blanches » les « excédents » de population noire, tenanciers et squatters, pour favoriser une modernisation de l’agriculture européenne : entre 1960 et 1983, environ 2’600’000 Noirs furent chassés des zones rurales « blanches » et renvoyés dans les réserves où le Bantu Self-Government Act de 1959 - en organisant un système d’administration autonome des réserves - préparait l’institution des bantoustans. Ceux-ci devaient à terme devenir politiquement indépendants, quoiqu’ils fussent économiquement non viables : quatre d’entre eux (Transkei, Bophutatswana, Venda et Ciskei) reçurent entre 1976 et 1981 une indépendance que ne reconnut pas la communauté internationale.

1) - plus d’informations sont disponibles sur le site du Conseil régional des villages non reconnus dans le Néguev : http://www.rcuv.org. (site apparemment non accessible actuellement)

(2) - voir Yoram Rabin, « Un peuple libre sur notre terre » : droits de protection sociale et socio-économiques en Israël, Ministère des Affaires étrangères (1er avril 2005) ;
CRC bulletin d’information :
http://www.right-to-education.org/c...
Israël, CRC/C/8/Add.44 (27 février 2002)

(3) A Middle East View by Mennonite Church Liaison :
http://www.mennonitechurch.ca/files...
Glenn Edward Witmer (November 2005)

(4) - Les instruments de l’apartheid : Traiter avec la “menace noire” :
http://www.geocities.com/~anntothil...

(5) Richard Knight : http://richardknight.homestead.com/

Liens :

BY TOPIC : Palestinians in Israel : http://electronicintifada.net/bytop...

BY TOPIC : Apartheid : http://electronicintifada.net/bytop...

Sources : PROTECTION PALESTINE

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LA COLONISATION

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