"Ici c’est l’enfer, il y a des cadavres déchiquetés dans la rue"

Publié le par Adriana Evangelizt






"Ici c'est l'enfer, il y a des cadavres déchiquetés dans la rue"



C’est sous le choc, durant les obsèques de deux de ses cousins tués samedi, que Ziad Medoukh nous a confié son témoignage.


Propos recueillis par Hassane Zerrouky


Ziad Medoukh est professeur de français à l’université de Gaza. Il a été empêché par les autorités israéliennes de se rendre en France alors qu’il bénéficie d’une bourse de l’État français. Joint par téléphone, l’universitaire, qui assistait aux obsèques de deux de ses cousins et de trois voisins tués par les bombardements israéliens, était sous le choc : « Ce n’étaient pas des militants ni même des sympathisants du Hamas, dit-il d’un ton ému. Je peux témoigner que pour la première fois depuis 1967 les habitants de Gaza sont en train de subir de tels bombardements.


Cette fois, c’est dur, dur, plus dur que ce qu’on a vécu jusque-là. Samedi à 11 h 30 (heure locale), les frappes ont débuté et ont duré près d’une demi-heure ; les bombardements ont ensuite repris à la tombée de la nuit, à 18 heures, et durant presque toute la nuit… Depuis, on ne connaît pas de répit : un missile ou des bombes largués par avion ou hélicoptère tombent sur Gaza pratiquement toutes les cinq à dix minutes. Ici, c’est l’enfer, la désolation, il y a des cadavres et des corps déchiquetés dans la rue. Du fait des coupures électriques (quatre par jour à cause du blocus), on n’a pas beaucoup d’information, on ne sait pas ce qui se passe vraiment. Il n’y a que le téléphone portable pour s’informer. À Gaza, Israël bombarde ce qui a été bombardé la veille. Il essaie de tout raser », précise-t-il.


« À travers une campagne médiatique relayée y compris par certains médias arabes, Israël a réussi à convaincre les pays arabes dit modérés, l’UE et de nombreux pays que ses frappes ne ciblent que le Hamas. Or, sur les 300 morts, hormis le chef de la police, il n’y a aucun responsable du Hamas ou des brigades Al-Qassam (milice armée du Hamas). Certes, 180 policiers qu’Israël assimile à des combattants ont été tués, mais il y a eu 120 civils, dont une majorité d’enfants et de femmes, qui ont péri », dit-il sur un ton excédé. « De plus, poursuit-il, tout le monde le sait : Gaza est une région étroite, surpeuplée, où plus d’un million et demi de personnes, entassées les unes sur les autres, vivent sur 360 km2.


Les postes de police, les bureaux du Hamas y côtoient forcément les habitations et quand on vise l’un de ces bureaux ou poste de police, on tue forcément des civils ! Or les Israéliens savent très bien où se trouvent les bases militaires du Hamas. L’Union européenne, les États-Unis, qui ont appelé au boycott du Hamas après avoir forcé le Fatah à organiser les élections législatives remportées par les islamistes, savent que ce sont des civils qui sont ciblés… ce n’est rien d’autre que des bombardements aveugles. Sinon, pourquoi cibler et détruire des écoles, des usines qui, du fait du blocus, ne fonctionnent qu’à moins de 50 % de leurs capacités, des mosquées, des habitations, des commerces, des dépôts d’approvisionnements ? J’appelle cela une politique de terreur. Pourquoi avoir imposé le blocus à Gaza durant deux ans alors que les gens du Hamas ne sont pas affectés par ce blocus ? Et Israël connaît parfaitement cette situation. Pourquoi Israël empêche-t-il des malades de se faire soigner en Cisjordanie alors qu’ils ne sont pas membres du Hamas, pourquoi empêche-t-il l’entrée des vivres et des médicaments à Gaza ? En fait, il y a une logique à cela : Israël veut punir la population civile palestinienne. »


Pour Ziad Medoukh, il ne fait aucun doute que « l’opération israélienne va participer à la montée du Hamas. C’est peut-être le but de cette nouvelle guerre ? Or, ici à Gaza, le vrai poids du Hamas est de moins de 30 %. Plus de 50 % des habitants ne sont pas pour lui. Beaucoup de gens s’y opposent. Mais les bombardements israéliens vont à coup sûr renforcer le mouvement islamiste. Il apparaît comme la seule force de résistance à l’occupation sur laquelle Israël prétend s’acharner. À la longue, je dirais que le Hamas est en train de gagner. Car au-delà des sensibilités des uns et des autres, ces bombardements vont souder la population de Gaza autour des islamistes. »

Sources
L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LE MARTYRE DE GAZA

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